Chapitre 1 : Espaces vectoriels
Définitions, sous-espaces vectoriels, bases et dimension
Espaces vectoriels
Définitions et exemples
Définition 1.1 - Espace vectoriel réel
Un espace vectoriel réel est un ensemble \(E\) muni de deux lois :
- une loi de composition interne notée \(+\) : \(E \times E \to E\), \((x,y) \mapsto x+y\)
- une loi de composition externe notée \(\cdot\) : \(\mathbb{R} \times E \to E\), \((\lambda, x) \mapsto \lambda \cdot x\)
telles que les huit propriétés suivantes sont vérifiées :
Pour la loi \(+\) :
- \((E,+)\) est un groupe commutatif, c’est-à-dire :
- \(\forall x,y \in E, \quad x+y = y+x\) (commutativité)
- \(\forall x,y,z \in E, \quad (x+y)+z = x+(y+z)\) (associativité)
- \(\exists 0_E \in E, \forall x \in E, \quad x + 0_E = 0_E + x = x\) (élément neutre)
- \(\forall x \in E, \exists (-x) \in E, \quad x + (-x) = (-x) + x = 0_E\) (opposé)
Pour la loi externe \(\cdot\) :
- \(\forall \lambda, \mu \in \mathbb{R}, \forall x \in E, \quad \lambda \cdot (\mu \cdot x) = (\lambda \mu) \cdot x\)
- \(\forall x \in E, \quad 1 \cdot x = x\)
- \(\forall \lambda \in \mathbb{R}, \forall x,y \in E, \quad \lambda \cdot (x+y) = \lambda \cdot x + \lambda \cdot y\)
- \(\forall \lambda, \mu \in \mathbb{R}, \forall x \in E, \quad (\lambda + \mu) \cdot x = \lambda \cdot x + \mu \cdot x\)
Les éléments de \(E\) sont appelés vecteurs et les éléments de \(\mathbb{R}\) sont appelés scalaires.
Remarque
Dans la suite, on notera simplement \(\lambda x\) au lieu de \(\lambda \cdot x\) pour la multiplication par un scalaire.
Exemple 1.1.1 - L’ensemble \(\mathbb{R}\)
L’ensemble \(\mathbb{R}\) est un espace vectoriel réel pour l’addition et la multiplication usuelles.
Exemple 1.1.2 - L’ensemble \(\mathbb{R}^n\)
Pour tout entier \(n \geq 1\), l’ensemble \(\mathbb{R}^n\) des \(n\)-uplets de nombres réels est un espace vectoriel réel pour les lois : \[ \begin{aligned} (x_1, \ldots, x_n) + (y_1, \ldots, y_n) &= (x_1 + y_1, \ldots, x_n + y_n) \\ \lambda \cdot (x_1, \ldots, x_n) &= (\lambda x_1, \ldots, \lambda x_n) \end{aligned} \]
Le vecteur nul est \(0_{\mathbb{R}^n} = (0, \ldots, 0)\) et l’opposé de \((x_1, \ldots, x_n)\) est \((-x_1, \ldots, -x_n)\).
Exemple 1.1.3 - Les vecteurs du plan et de l’espace
L’ensemble des vecteurs du plan (respectivement de l’espace) est un espace vectoriel réel pour l’addition vectorielle et la multiplication par un scalaire définies géométriquement.
Ces espaces sont isomorphes à \(\mathbb{R}^2\) et \(\mathbb{R}^3\) respectivement.
Exemple 1.1.4 - L’espace des fonctions
Soit \(I\) un intervalle de \(\mathbb{R}\). L’ensemble \(\mathcal{F}(I, \mathbb{R})\) des fonctions de \(I\) dans \(\mathbb{R}\) est un espace vectoriel réel pour les lois : \[ \begin{aligned} (f+g)(x) &= f(x) + g(x) \\ (\lambda f)(x) &= \lambda f(x) \end{aligned} \]
La fonction nulle est l’élément neutre et l’opposée de \(f\) est la fonction \(x \mapsto -f(x)\).
Exemple 1.1.5 - L’espace des suites réelles
L’ensemble \(\mathbb{R}^\mathbb{N}\) des suites réelles \((u_n)_{n \in \mathbb{N}}\) est un espace vectoriel réel pour les lois : \[ \begin{aligned} (u_n) + (v_n) &= (u_n + v_n) \\ \lambda \cdot (u_n) &= (\lambda u_n) \end{aligned} \]
Proposition 1.2
Soit \(E\) un espace vectoriel réel. On a les propriétés suivantes :
- L’élément neutre \(0_E\) est unique.
- Le symétrique (opposé) de chaque vecteur est unique.
- \(\forall x \in E, \quad 0 \cdot x = 0_E\)
- \(\forall \lambda \in \mathbb{R}, \quad \lambda \cdot 0_E = 0_E\)
- \(\forall x \in E, \quad (-1) \cdot x = -x\)
- \(\forall \lambda \in \mathbb{R}, \forall x \in E, \quad \lambda x = 0_E \Rightarrow (\lambda = 0 \text{ ou } x = 0_E)\)
Démonstration
Propriété (1) : Supposons que \(0_E\) et \(0_E'\) soient deux éléments neutres. Alors : \[ 0_E = 0_E + 0_E' = 0_E' \] car \(0_E'\) est neutre (première égalité) et \(0_E\) est neutre (seconde égalité). D’où l’unicité.
Propriété (2) : Soit \(x \in E\) et supposons que \(y_1\) et \(y_2\) soient deux opposés de \(x\), c’est-à-dire \(x + y_1 = 0_E\) et \(x + y_2 = 0_E\). Alors : \[ y_1 = y_1 + 0_E = y_1 + (x + y_2) = (y_1 + x) + y_2 = 0_E + y_2 = y_2 \]
On note cet unique opposé \(-x\).
Propriété (3) : Soit \(x \in E\). On a : \[ \begin{aligned} 0 \cdot x &= (0+0) \cdot x \quad \text{(car $0 = 0+0$ dans $\mathbb{R}$)} \\ &= 0 \cdot x + 0 \cdot x \quad \text{(par distributivité)} \end{aligned} \]
En ajoutant \(-(0 \cdot x)\) des deux côtés : \[ 0_E = 0 \cdot x + 0 \cdot x + (-(0 \cdot x)) = 0 \cdot x + 0_E = 0 \cdot x \]
Propriété (4) : Soit \(\lambda \in \mathbb{R}\). On a : \[ \begin{aligned} \lambda \cdot 0_E &= \lambda \cdot (0_E + 0_E) \quad \text{(car $0_E + 0_E = 0_E$)} \\ &= \lambda \cdot 0_E + \lambda \cdot 0_E \quad \text{(par distributivité)} \end{aligned} \]
En ajoutant \(-(\lambda \cdot 0_E)\) des deux côtés, on obtient \(0_E = \lambda \cdot 0_E\).
Propriété (5) : Soit \(x \in E\). On veut montrer que \((-1) \cdot x\) est l’opposé de \(x\), c’est-à-dire que \(x + (-1) \cdot x = 0_E\). On calcule : \[ x + (-1) \cdot x = 1 \cdot x + (-1) \cdot x = (1 + (-1)) \cdot x = 0 \cdot x = 0_E \]
Par unicité de l’opposé (propriété 2), on conclut que \((-1) \cdot x = -x\).
Propriété (6) : Supposons que \(\lambda x = 0_E\) avec \(\lambda \neq 0\). Alors \(\lambda\) est inversible dans \(\mathbb{R}\) et on peut écrire : \[ x = 1 \cdot x = \left(\frac{1}{\lambda} \cdot \lambda\right) \cdot x = \frac{1}{\lambda} \cdot (\lambda \cdot x) = \frac{1}{\lambda} \cdot 0_E = 0_E \]
Donc si \(\lambda \neq 0\), alors \(x = 0_E\). Par contraposée : si \(x \neq 0_E\), alors \(\lambda = 0\).
Sous-espaces vectoriels
Définition 1.3 - Sous-espace vectoriel
Soit \(E\) un espace vectoriel réel. Une partie \(F\) de \(E\) est un sous-espace vectoriel de \(E\) si :
- \(0_E \in F\) (F est non vide)
- \(\forall x,y \in F, \quad x+y \in F\) (F est stable par addition)
- \(\forall \lambda \in \mathbb{R}, \forall x \in F, \quad \lambda x \in F\) (F est stable par multiplication scalaire)
Remarque
Les conditions (2) et (3) peuvent être regroupées en une seule : \(F\) est stable par combinaisons linéaires, c’est-à-dire : \[ \forall \lambda, \mu \in \mathbb{R}, \forall x,y \in F, \quad \lambda x + \mu y \in F \]
Proposition 1.4 - Vérification rapide
Soit \(E\) un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel et \(F \subset E\). Alors \(F\) est un sous-espace vectoriel de \(E\) si et seulement si :
- \(F \neq \varnothing\)
- \(\forall x, y \in F, \forall \lambda \in \mathbb{R}, \quad x + \lambda y \in F\)
Démonstration
\((\Rightarrow)\) Si \(F\) est un sous-espace vectoriel, alors \(F\) contient \(0_E\) donc \(F \neq \varnothing\). De plus, pour \(x, y \in F\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\), on a \(\lambda y \in F\) (stabilité par multiplication scalaire) puis \(x + \lambda y \in F\) (stabilité par addition).
\((\Leftarrow)\) Supposons les conditions (1) et (2) vérifiées. Puisque \(F \neq \varnothing\), il existe \(x \in F\). En prenant \(y = x\) et \(\lambda = -1\) dans (2), on obtient \(x + (-1)x = 0_E \in F\).
Ensuite, pour \(y \in F\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\), en prenant \(x = 0_E\) dans (2), on obtient \(0_E + \lambda y = \lambda y \in F\) : \(F\) est stable par multiplication scalaire.
Enfin, pour \(x, y \in F\), en prenant \(\lambda = 1\) dans (2), on obtient \(x + y \in F\) : \(F\) est stable par addition.
Remarque
Cette caractérisation est très pratique en exercice : au lieu de vérifier trois conditions, il suffit d’en vérifier deux. On l’utilisera souvent par la suite.
Proposition 1.5
Tout sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel est lui-même un espace vectoriel pour les lois induites.
Démonstration
Soit \(E\) un espace vectoriel sur \(\mathbb{R}\) et soit \(F\) un sous-espace vectoriel de \(E\).
Par définition d’un sous-espace vectoriel, on sait que :
- \(F\) est non vide ;
- pour tous \(x,y \in F\), on a \(x+y \in F\) ;
- pour tout \(x \in F\) et tout \(\lambda \in \mathbb{R}\), on a \(\lambda x \in F\).
Les lois d’addition et de multiplication par un scalaire sur \(F\) sont les restrictions de celles de \(E\).
Or les axiomes d’espace vectoriel (associativité, commutativité, existence du neutre, existence des opposés, distributivité, etc.) sont vérifiés dans \(E\).
Comme ces propriétés sont purement algébriques et ne dépendent que des opérations, elles restent valables sur \(F\).
Ainsi, \(F\) muni des lois induites est un espace vectoriel.
Exemple 1.2.1
Dans \(\mathbb{R}^3\), l’ensemble des vecteurs de la forme \((x, 2x, 0)\) où \(x \in \mathbb{R}\) est un sous-espace vectoriel.
Vérifions les trois conditions :
- \((0, 0, 0) \in F\) (prendre \(x = 0\))
- Si \((x_1, 2x_1, 0)\) et \((x_2, 2x_2, 0)\) sont dans \(F\), alors \[ (x_1, 2x_1, 0) + (x_2, 2x_2, 0) = (x_1+x_2, 2(x_1+x_2), 0) \in F \]
- Si \((x, 2x, 0) \in F\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\), alors \[ \lambda(x, 2x, 0) = (\lambda x, 2\lambda x, 0) \in F \]
Exemple 1.2.2 - Sous-espaces vectoriels classiques
Dans tout espace vectoriel \(E\), on a toujours deux sous-espaces vectoriels triviaux :
- \(\{0_E\}\) (le sous-espace réduit au vecteur nul)
- \(E\) lui-même
Exercice
Montrer que dans \(\mathbb{R}^3\), l’ensemble \(F = \{(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 \mid x + y + z = 0\}\) est un sous-espace vectoriel.
Exercice
L’ensemble \(F = \{(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 \mid x + y + z = 1\}\) est-il un sous-espace vectoriel de \(\mathbb{R}^3\) ?
Exercice
Parmi les sous-ensembles suivants de \(\mathbb{R}^2\), déterminer lesquels sont des sous-espaces vectoriels. Justifier.
- \(E_1 = \{(x,y) \in \mathbb{R}^2 \mid xy = 0\}\)
- \(E_2 = \{(x,y) \in \mathbb{R}^2 \mid x = 0\}\)
- \(E_3 = \{(x,y) \in \mathbb{R}^2 \mid x \geq 0\}\)
- \(E_4 = \{(x,y) \in \mathbb{R}^2 \mid x + y = 0\}\)
Remarque
Cet exercice est fondamental pour apprendre à repérer les pièges. Les conditions du type « \(xy = 0\) » ou « \(x \geq 0\) » ne sont pas linéaires et posent problème pour la stabilité. En revanche, toute condition de la forme \(ax + by = 0\) (équation homogène) définit un sous-espace vectoriel. C’est un critère qu’on retrouvera très souvent.
L’espace vectoriel des polynômes \(\mathbb{R}[X]\)
Définition 1.6 - Polynôme à coefficients réels
On appelle polynôme à coefficients réels une expression formelle de la forme : \[ P(X) = a_0 + a_1 X + a_2 X^2 + \cdots + a_n X^n \] où \(n \in \mathbb{N}\) et \(a_0, a_1, \ldots, a_n \in \mathbb{R}\).
L’ensemble de tous les polynômes à coefficients réels est noté \(\mathbb{R}[X]\).
Définition 1.7 - Degré d’un polynôme
Soit : \(\quad P(X)=\displaystyle \sum_{i=0}^{n} a_i X^i \quad\) un polynôme non nul.
On appelle degré de \(P\), noté \(\deg(P)\), le plus grand entier \(k\) tel que \(a_k \neq 0\). Autrement dit, \(\deg(P)=\max\{\, i \in \mathbb{N} \mid a_i \neq 0 \,\}\).
Le coefficient \(a_{\deg(P)}\) est appelé coefficient dominant de \(P\). Par convention : \(\deg(0)=-\infty\).
Exemple 1.3.1 - Cas classique
Considérons le polynôme : \(P(X)=2+3X+5X^3\). Le plus grand exposant dont le coefficient est non nul est \(3\). On a donc : \(\deg(P)=3\) et le coefficient dominant est \(5\).
Exemple 1.3.2 - Cas particulier
Considérons : \(Q(X)=4+2X+0X^2\)
Bien que le terme en \(X^2\) apparaisse, son coefficient est nul. Le plus grand entier \(k\) tel que \(a_k \neq 0\) est donc \(1\). On a ainsi : \(\deg(Q)=1\).
Proposition 1.8
L’ensemble \(\mathbb{R}[X]\) muni de l’addition des polynômes et de la multiplication par un scalaire est un espace vectoriel réel.
L’addition est définie par : \[ (a_0 + a_1 X + \cdots) + (b_0 + b_1 X + \cdots) = (a_0+b_0) + (a_1+b_1)X + \cdots \]
La multiplication par un scalaire est définie par : \[ \lambda(a_0 + a_1 X + \cdots) = \lambda a_0 + \lambda a_1 X + \cdots \]
Définition 1.9
Pour tout entier \(n \in \mathbb{N}\), on note \(\mathbb{R}_n[X]\) l’ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à \(n\) : \[ \mathbb{R}_n[X] = \{P \in \mathbb{R}[X] \mid \deg(P) \leq n\} \]
C’est un sous-espace vectoriel de \(\mathbb{R}[X]\).
Proposition 1.10
Soient \(P\) et \(Q\) deux polynômes non nuls. On a :
- \(\deg(P+Q) \leq \max(\deg P, \deg Q)\)
- \(\deg(PQ) = \deg P + \deg Q\)
Démonstration
La première propriété vient du fait que si \(P\) et \(Q\) ont des degrés différents, le polynôme de plus haut degré impose son degré à la somme. S’ils ont le même degré, une simplification peut avoir lieu.
Pour la deuxième propriété, si \(P\) a pour coefficient dominant \(a\) et \(Q\) a pour coefficient dominant \(b\), alors \(PQ\) a pour coefficient dominant \(ab \neq 0\) et son degré est la somme des degrés.
Exemple 1.3.3
Si \(P(X) = 2X^3 + X - 1\) et \(Q(X) = X^2 + 3\), alors :
- \(\deg(P) = 3\) et \(\deg(Q) = 2\)
- \(\deg(P+Q) = \deg(2X^3 + X^2 + X + 2) = 3 = \max(3,2)\)
- \(\deg(PQ) = \deg(2X^5 + \cdots) = 5 = 3+2\)
Dérivation des polynômes
Définition 1.11 - Polynôme dérivé
Soit \(P(X) = a_0 + a_1 X + a_2 X^2 + \cdots + a_n X^n\) un polynôme. On définit le polynôme dérivé de \(P\), noté \(P'(X)\), par : \[ P'(X) = a_1 + 2a_2 X + 3a_3 X^2 + \cdots + na_n X^{n-1} \]
Proposition 1.12
La dérivation est une opération linéaire sur \(\mathbb{R}[X]\), c’est-à-dire :
- \((P+Q)' = P' + Q'\)
- \((\lambda P)' = \lambda P'\) pour tout \(\lambda \in \mathbb{R}\)
De plus, on a la règle de Leibniz : \[ (PQ)' = P'Q + PQ' \]
Exercice
Calculer la dérivée de \(P(X) = X^4 - 3X^2 + 2X - 5\).
Exercice
Montrer que si \(\deg(P) = n \geq 1\), alors \(\deg(P') = n-1\).
Formule de Taylor pour les polynômes
Théorème 1.13 - Formule de Taylor
Soit \(P \in \mathbb{R}[X]\) un polynôme de degré \(n\) et soit \(a \in \mathbb{R}\). Alors il existe des coefficients \(c_0, c_1, \ldots, c_n \in \mathbb{R}\) tels que : \[ P(X) = c_0 + c_1(X-a) + c_2(X-a)^2 + \cdots + c_n(X-a)^n \]
Plus précisément, on a : \[ P(X) = \sum_{k=0}^{n} \frac{P^{(k)}(a)}{k!}(X-a)^k \] où \(P^{(k)}\) désigne la dérivée \(k\)-ième de \(P\) et \(k! = 1 \times 2 \times \cdots \times k\).
Exemple 1.3.4
Soit \(P(X) = X^3 - 2X + 1\). Calculons sa formule de Taylor en \(a = 1\).
On a : \[ \begin{aligned} P(1) &= 1 - 2 + 1 = 0 \\ P'(X) &= 3X^2 - 2, \quad P'(1) = 1 \\ P''(X) &= 6X, \quad P''(1) = 6 \\ P'''(X) &= 6, \quad P'''(1) = 6 \end{aligned} \]
Donc : \[ P(X) = 0 + 1 \cdot (X-1) + \frac{6}{2}(X-1)^2 + \frac{6}{6}(X-1)^3 = (X-1) + 3(X-1)^2 + (X-1)^3 \]
Exercice
Écrire la formule de Taylor de \(P(X) = X^2 + 3X - 4\) en \(a = 2\).
Formule de Leibniz
Proposition 1.14
Soient \(P\) et \(Q\) deux polynômes. La dérivée \(n\)-ième du produit \(PQ\) est donnée par : \[ (PQ)^{(n)} = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} P^{(k)} Q^{(n-k)} \] où \(\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!(n-k)!}\) est le coefficient binomial.
Remarque
Cette formule généralise la règle de Leibniz \((PQ)' = P'Q + PQ'\) (cas \(n=1\)).
Combinaisons linéaires
Définition 1.15 - Combinaison linéaire
Soit \(E\) un espace vectoriel et soient \(v_1, v_2, \ldots, v_n\) des vecteurs de \(E\).
On appelle combinaison linéaire de \(v_1, \ldots, v_n\) tout vecteur \(x \in E\) tel qu’il existe des scalaires \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n \in \mathbb{R}\) vérifiant : \[ x = \displaystyle \sum_{i=1}^{n} \lambda_i v_i = \lambda_1 v_1 + \lambda_2 v_2 + \cdots + \lambda_n v_n. \]
Exemple 1.4.1
Dans \(\mathbb{R}^3\), le vecteur \((5, -1, 3)\) est une combinaison linéaire de \((1,0,0)\), \((0,1,0)\) et \((0,0,1)\) car : \[ (5, -1, 3) = 5(1,0,0) + (-1)(0,1,0) + 3(0,0,1) \]
Exemple 1.4.2
Dans \(\mathbb{R}_2[X]\), le polynôme \(3X^2 - 2X + 5\) est une combinaison linéaire de \(1\), \(X\) et \(X^2\) : \[ 3X^2 - 2X + 5 = 5 \cdot 1 + (-2) \cdot X + 3 \cdot X^2 \]
Exercice
Le vecteur \((1,2,3)\) est-il une combinaison linéaire de \((1,1,0)\) et \((0,1,1)\) dans \(\mathbb{R}^3\) ?
Définition 1.16 - Espace vectoriel engendré
Soit \(E\) un espace vectoriel et \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) une famille de vecteurs de \(E\). L’espace vectoriel engendré par \(F\), noté \(\text{Vect}(v_1, \ldots, v_n)\) ou \(\text{Vect}(F)\), est l’ensemble de toutes les combinaisons linéaires de \(v_1, \ldots, v_n\) : \[ \text{Vect}(v_1, \ldots, v_n) = \{\lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_n v_n \mid \lambda_1, \ldots, \lambda_n \in \mathbb{R}\} \]
Proposition 1.17
Soit \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) une famille de vecteurs de \(E\). Alors \(\text{Vect}(F)\) est un sous-espace vectoriel de \(E\).
De plus, \(\text{Vect}(F)\) est le plus petit sous-espace vectoriel de \(E\) contenant tous les vecteurs \(v_1, \ldots, v_n\).
Démonstration
Vérifions que \(\text{Vect}(F)\) est un sous-espace vectoriel :
- \(0_E = 0v_1 + \cdots + 0v_n \in \text{Vect}(F)\)
- Si \(u = \sum \lambda_i v_i\) et \(w = \sum \mu_i v_i\), alors \(u + w = \sum (\lambda_i + \mu_i) v_i \in \text{Vect}(F)\)
- Si \(u = \sum \lambda_i v_i\) et \(\alpha \in \mathbb{R}\), alors \(\alpha u = \sum (\alpha \lambda_i) v_i \in \text{Vect}(F)\)
Pour montrer que c’est le plus petit, remarquons que tout sous-espace vectoriel contenant \(v_1, \ldots, v_n\) doit contenir toutes leurs combinaisons linéaires par stabilité.
Exemple 1.4.3
Dans \(\mathbb{R}^3\), calculons \(\text{Vect}((1,0,0), (1,1,0))\).
Un vecteur de \(\text{Vect}((1,0,0), (1,1,0))\) est de la forme : \[ \lambda(1,0,0) + \mu(1,1,0) = (\lambda + \mu, \mu, 0) \]
Donc \(\text{Vect}((1,0,0), (1,1,0)) = \{(x,y,0) \mid x,y \in \mathbb{R}\}\) : c’est le plan \(xy\).
Exercice
Dans \(\mathbb{R}^3\), déterminer \(\text{Vect}((1,1,1))\).
Exercice
Dans \(\mathbb{R}_2[X]\), déterminer \(\text{Vect}(1+X, X+X^2)\).
Familles génératrices
Définition 1.18 - Famille génératrice
Soit \(E\) un espace vectoriel et \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) une famille de vecteurs de \(E\). On dit que \(F\) est une famille génératrice de \(E\) si : \[ \text{Vect}(v_1, \ldots, v_n) = E \]
Autrement dit, tout vecteur de \(E\) peut s’écrire comme une combinaison linéaire de \(v_1, \ldots, v_n\).
Exemple 1.5.1
Dans \(\mathbb{R}^3\), la famille \(\{(1,0,0), (0,1,0), (0,0,1)\}\) est génératrice car tout vecteur \((x,y,z)\) s’écrit : \[ (x,y,z) = x(1,0,0) + y(0,1,0) + z(0,0,1) \]
Exemple 1.5.2
Dans \(\mathbb{R}_n[X]\), la famille \(\{1, X, X^2, \ldots, X^n\}\) est génératrice car tout polynôme de degré \(\leq n\) s’écrit : \[ P(X) = a_0 \cdot 1 + a_1 \cdot X + \cdots + a_n \cdot X^n \]
Remarque
Attention : Une famille génératrice n’est pas unique. Par exemple, dans \(\mathbb{R}^2\), les familles \(\{(1,0), (0,1)\}\) et \(\{(1,0), (0,1), (1,1)\}\) sont toutes les deux génératrices.
Exercice
Montrer que la famille \(\{(1,1,0), (1,0,1), (0,1,1)\}\) est génératrice de \(\mathbb{R}^3\).
Proposition 1.19
Si \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) est une famille génératrice de \(E\) et si on ajoute des vecteurs à \(F\), alors la famille obtenue est encore génératrice.
Familles libres, familles liées
Définition 1.20 - Famille libre
Soit \(E\) un espace vectoriel et \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) une famille de vecteurs de \(E\). On dit que \(F\) est libre (ou linéairement indépendante) si : \[ \lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_n v_n = 0_E \quad \Rightarrow \quad \lambda_1 = \cdots = \lambda_n = 0 \]
Dans le cas contraire, on dit que \(F\) est liée (ou linéairement dépendante).
Remarque
Une famille est liée s’il existe des scalaires \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n\) non tous nuls tels que : \[ \lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_n v_n = 0_E \]
Exemple 1.6.1
Dans \(\mathbb{R}^3\), la famille \(\{(1,0,0), (0,1,0), (0,0,1)\}\) est libre.
En effet, si \(\lambda(1,0,0) + \mu(0,1,0) + \nu(0,0,1) = (0,0,0)\), alors \((\lambda, \mu, \nu) = (0,0,0)\), d’où \(\lambda = \mu = \nu = 0\).
Exemple 1.6.2
Dans \(\mathbb{R}^3\), la famille \(\{(1,0,0), (0,1,0), (1,1,0)\}\) est liée.
En effet, on a : \(1 \cdot (1,0,0) + 1 \cdot (0,1,0) + (-1) \cdot (1,1,0) = (0,0,0)\) avec des coefficients non tous nuls.
Proposition 1.21
Une famille contenant le vecteur nul est liée.
Démonstration
Si \(v_1 = 0_E\), alors \(1 \cdot v_1 + 0 \cdot v_2 + \cdots + 0 \cdot v_n = 0_E\) avec le premier coefficient non nul.
Proposition 1.22
Une famille de vecteurs est liée si et seulement si l’un des vecteurs peut s’écrire comme combinaison linéaire des autres.
Démonstration
\((\Rightarrow)\) Si la famille est liée, il existe \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n\) non tous nuls tels que \(\sum \lambda_i v_i = 0_E\). Supposons \(\lambda_1 \neq 0\). Alors : \[ v_1 = -\frac{\lambda_2}{\lambda_1} v_2 - \cdots - \frac{\lambda_n}{\lambda_1} v_n \]
\((\Leftarrow)\) Réciproquement, si par exemple \(v_1 = \displaystyle \sum_{i=2}^n \mu_i v_i\), alors : \[ 1 \cdot v_1 + (-\mu_2) v_2 + \cdots + (-\mu_n) v_n = 0_E \] avec le premier coefficient non nul.
Exercice
Montrer que dans \(\mathbb{R}^2\), la famille \(\{(1,2), (2,4)\}\) est liée.
Exercice
La famille \(\{1, X, X^2\}\) est-elle libre dans \(\mathbb{R}_2[X]\) ?
Proposition 1.23
Soit \(F = \{v_1, \ldots, v_n\}\) une famille libre et soit \(v \in E\). Alors la famille \(\{v_1, \ldots, v_n, v\}\) est libre si et seulement si \(v \notin \text{Vect}(v_1, \ldots, v_n)\).
Bases et dimension
Définition 1.24 - Base
Soit \(E\) un espace vectoriel. Une famille \(\mathcal{B} = \{e_1, \ldots, e_n\}\) de vecteurs de \(E\) est une base de \(E\) si elle est à la fois libre et génératrice.
Remarque
Si \(\mathcal{B} = \{e_1, \ldots, e_n\}\) est une base de \(E\), alors tout vecteur \(v \in E\) s’écrit de manière unique comme combinaison linéaire des vecteurs de \(\mathcal{B}\) : \[ v = \lambda_1 e_1 + \cdots + \lambda_n e_n \]
Les scalaires \(\lambda_1, \ldots, \lambda_n\) sont appelés les coordonnées (ou composantes) de \(v\) dans la base \(\mathcal{B}\).
Exemple 1.7.1 - Base canonique de \(\mathbb{R}^n\)
La famille \(\mathcal{B} = \{e_1, \ldots, e_n\}\) où : \[ e_1 = (1,0,\ldots,0), \quad e_2 = (0,1,0,\ldots,0), \quad \ldots, \quad e_n = (0,\ldots,0,1) \] est une base de \(\mathbb{R}^n\), appelée base canonique.
Tout vecteur \((x_1, \ldots, x_n) \in \mathbb{R}^n\) s’écrit : \[ (x_1, \ldots, x_n) = x_1 e_1 + \cdots + x_n e_n \]
Exemple 1.7.2 - Base canonique de \(\mathbb{R}_n[X]\)
La famille \(\{1, X, X^2, \ldots, X^n\}\) est une base de \(\mathbb{R}_n[X]\).
Exercice
Montrer que la famille \(\{(1,1), (1,-1)\}\) est une base de \(\mathbb{R}^2\).
Proposition 1.25
Si \(E\) admet une base finie, alors toutes les bases de \(E\) ont le même nombre d’éléments.
Démonstration
L’idée repose sur le lemme d’échange de Steinitz. Soient \(\mathcal{B} = \{e_1, \ldots, e_s\}\) et \(\mathcal{B}' = \{e_1', \ldots, e_t'\}\) deux bases de \(E\). Montrons que \(s = t\).
Raisonnons par l’absurde et supposons \(s < t\) (le cas \(s > t\) se traite en inversant les rôles).
Puisque \(\mathcal{B}\) est génératrice, \(e_1'\) s’écrit comme combinaison linéaire des \(e_i\), et comme \(e_1' \neq 0_E\), au moins un coefficient est non nul. En réordonnant, on peut remplacer \(e_1\) par \(e_1'\) et obtenir une nouvelle base \(\mathcal{B}_1 = \{e_1', e_2, \ldots, e_s\}\).
On répète ce procédé : à chaque étape \(k\), on remplace un vecteur \(e_i\) par \(e_k'\) pour obtenir une base \(\mathcal{B}_k\). Après \(s\) étapes, on a remplacé tous les \(e_i\) et on obtient une base \(\mathcal{B}_s = \{e_1', \ldots, e_s'\}\) qui engendre \(E\).
Mais alors les vecteurs \(e_{s+1}', \ldots, e_t'\) sont des combinaisons linéaires de \(e_1', \ldots, e_s'\), ce qui contredit la liberté de \(\mathcal{B}'\).
Donc \(s = t\).
Définition 1.26 - Dimension
Si \(E\) admet une base finie de \(n\) éléments, on dit que \(E\) est de dimension finie et on note \(\dim(E) = n\).
Le nombre \(n\) est appelé la dimension de \(E\).
Si \(E\) n’admet pas de base finie, on dit que \(E\) est de dimension infinie.
Exemple 1.7.3
- \(\dim(\mathbb{R}^n) = n\)
- \(\dim(\mathbb{R}_n[X]) = n+1\) (base : \(\{1, X, \ldots, X^n\}\))
- \(\dim(\mathbb{R}[X]) = +\infty\) (dimension infinie)
Remarque - Interprétation géométrique en dimension finie
Par analogie avec \(\mathbb{R}^3\), on utilise souvent le vocabulaire suivant :
- les sous-espaces vectoriels de dimension \(1\) sont appelés droites vectorielles ;
- ceux de dimension \(2\) sont appelés plans vectoriels ;
- dans un espace de dimension \(n\), les sous-espaces de dimension \(n-1\) sont appelés hyperplans.
L’idée est qu’augmenter la dimension revient à ajouter une “direction” indépendante.
Composantes d’un vecteur relativement à une base
En dimension 1 : \(E = \text{Vect}(\vec{e}_1)\), donc \(\mathcal{B}=(\vec e_1)\) est une base. \[\vec a = a_1\vec e_1 = \begin{pmatrix} a_1 \end{pmatrix}\]
Dans le plan : \(E = \text{Vect}(\vec{e}_1, \vec{e}_2)\), donc \(\mathcal{B}=(\vec e_1, \vec e_2)\) est une base. \[\vec a = a_1\vec e_1 + a_2\vec e_2 = \begin{pmatrix} a_1 \\ a_2 \end{pmatrix}\]
Dans l’espace : \(E = \text{Vect}(\vec{e}_1, \vec{e}_2, \vec{e}_3)\), donc \(\mathcal{B}=(\vec e_1, \vec e_2, \vec e_3)\) est une base. \[\vec a = a_1\vec e_1 + a_2\vec e_2 + a_3\vec e_3 = \begin{pmatrix} a_1 \\ a_2 \\ a_3 \end{pmatrix}\]
Théorème 1.27 - Théorème de la base incomplète
Soit \(E\) un espace vectoriel de dimension \(n\) et soit \(F = \{v_1, \ldots, v_p\}\) une famille libre de \(E\) avec \(p < n\). Alors on peut compléter \(F\) en une base de \(E\) en ajoutant \(n-p\) vecteurs.
Démonstration
On procède par récurrence sur le nombre de vecteurs à ajouter.
Puisque \(F\) est libre mais pas génératrice (car \(p < n\)), il existe un vecteur \(w_1 \in E\) tel que \(w_1 \notin \text{Vect}(F)\). Montrons que \(F_1 = \{v_1, \ldots, v_p, w_1\}\) est encore libre.
Considérons une combinaison linéaire nulle : \[ \lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_p v_p + \mu_1 w_1 = 0_E \]
Si \(\mu_1 \neq 0\), on aurait \(w_1 = -\frac{\lambda_1}{\mu_1} v_1 - \cdots - \frac{\lambda_p}{\mu_1} v_p \in \text{Vect}(F)\), ce qui contredit le choix de \(w_1\). Donc \(\mu_1 = 0\), et alors \(\lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_p v_p = 0_E\). Comme \(F\) est libre, tous les \(\lambda_i\) sont nuls. La famille \(F_1\) est donc libre.
Si \(p + 1 = n\), alors \(F_1\) est une famille libre de \(n\) vecteurs dans un espace de dimension \(n\), c’est donc une base. Sinon, on recommence avec \(F_1\) et on ajoute un vecteur \(w_2 \notin \text{Vect}(F_1)\), et ainsi de suite.
Après \(n - p\) étapes, on obtient une famille libre de \(n\) vecteurs, qui est une base de \(E\).
Théorème 1.28 - Théorème de la base extraite
Soit \(E\) un espace vectoriel de dimension \(n\) et soit \(G = \{w_1, \ldots, w_m\}\) une famille génératrice de \(E\). Alors on peut extraire de \(G\) une base de \(E\).
Démonstration
On construit la base par sélection successive. On parcourt les vecteurs \(w_1, w_2, \ldots, w_m\) dans l’ordre et on garde ceux qui ne sont pas combinaison linéaire des précédents.
Plus précisément, on pose \(B_0 = \varnothing\) et pour chaque \(k\) de \(1\) à \(m\) :
- si \(w_k \notin \text{Vect}(B_{k-1})\), on pose \(B_k = B_{k-1} \cup \{w_k\}\)
- si \(w_k \in \text{Vect}(B_{k-1})\), on pose \(B_k = B_{k-1}\) (on ne garde pas \(w_k\))
La famille \(B_m\) obtenue à la fin est libre par construction (à chaque ajout, le nouveau vecteur n’est pas dans l’espace engendré par les précédents). Elle est aussi génératrice de \(E\) : en effet, chaque \(w_k\) non retenu est combinaison linéaire des vecteurs retenus avant lui, donc \(\text{Vect}(B_m) = \text{Vect}(G) = E\).
Ainsi \(B_m\) est une base de \(E\) extraite de \(G\).
Proposition 1.29
Soit \(E\) un espace vectoriel de dimension \(n\).
- Toute famille libre de \(n\) vecteurs est une base de \(E\)
- Toute famille génératrice de \(n\) vecteurs est une base de \(E\)
- Toute famille libre de \(E\) a au plus \(n\) éléments
- Toute famille génératrice de \(E\) a au moins \(n\) éléments
Exercice
Déterminer une base de \(\text{Vect}((1,2,3), (2,4,6), (1,1,1))\) dans \(\mathbb{R}^3\).
Proposition 1.30
Soit \(F\) un sous-espace vectoriel d’un espace \(E\) de dimension finie. Alors :
- \(F\) est de dimension finie et \(\dim(F) \leq \dim(E)\)
- \(\dim(F) = \dim(E)\) si et seulement si \(F = E\)
Méthodes pratiques
Méthode pour extraire une base d’une famille génératrice
Exercice
Soit \(F = \{v_1, v_2, v_3, v_4\}\) avec : \[ v_1 = (1,0,1), \quad v_2 = (0,1,1), \quad v_3 = (1,1,2), \quad v_4 = (2,1,3) \] dans \(\mathbb{R}^3\). Extraire une base de \(\text{Vect}(F)\).
Méthode :
- On teste si \(v_1\) est non nul : oui, donc on garde \(v_1\)
- On teste si \(v_2 \in \text{Vect}(v_1)\) : non (car \(v_2 \neq \lambda v_1\)), donc on garde \(v_2\)
- On teste si \(v_3 \in \text{Vect}(v_1, v_2)\) : on cherche si \(v_3 = \lambda v_1 + \mu v_2\) \[ (1,1,2) = \lambda(1,0,1) + \mu(0,1,1) = (\lambda, \mu, \lambda + \mu) \] Donc \(\lambda = 1\), \(\mu = 1\), \(\lambda + \mu = 2\) : oui ! Donc \(v_3 = v_1 + v_2\) et on ne garde pas \(v_3\)
- On teste si \(v_4 \in \text{Vect}(v_1, v_2)\) : on cherche si \(v_4 = \lambda v_1 + \mu v_2\) \[ (2,1,3) = \lambda(1,0,1) + \mu(0,1,1) = (\lambda, \mu, \lambda + \mu) \] Donc \(\lambda = 2\), \(\mu = 1\), \(\lambda + \mu = 3\) : oui ! Donc on ne garde pas \(v_4\)
Conclusion : \(\{v_1, v_2\}\) est une base de \(\text{Vect}(F)\), donc \(\dim(\text{Vect}(F)) = 2\).
Méthode pour compléter une famille libre en une base
Exercice
Compléter la famille libre \(\{(1,0,0,0), (0,1,1,0)\}\) en une base de \(\mathbb{R}^4\).
Méthode :
- On part de \(\{v_1, v_2\}\) avec \(v_1 = (1,0,0,0)\) et \(v_2 = (0,1,1,0)\)
- On teste les vecteurs de la base canonique :
- \(e_1 = (1,0,0,0) = v_1\) : déjà dans la famille
- \(e_2 = (0,1,0,0) \in \text{Vect}(v_1, v_2)\) ? Non, donc on ajoute \(e_2\)
- \(e_3 = (0,0,1,0) \in \text{Vect}(v_1, v_2, e_2)\) ? Non, donc on ajoute \(e_3\)
- On a maintenant 4 vecteurs dans \(\mathbb{R}^4\), donc c’est une base
Conclusion : \(\{(1,0,0,0), (0,1,1,0), (0,1,0,0), (0,0,1,0)\}\) est une base de \(\mathbb{R}^4\).
Bases et équations de sous-espaces
Il existe deux façons de représenter un sous-espace vectoriel :
- Par une famille génératrice (représentation paramétrique)
- Par un système d’équations (représentation cartésienne)
Passage d’une base à des équations
Exercice
Soit \(F = \text{Vect}((1,2,1), (0,1,1))\) dans \(\mathbb{R}^3\). Donner des équations de \(F\).
Solution :
Un vecteur \((x,y,z) \in F\) s’écrit \((x,y,z) = \lambda(1,2,1) + \mu(0,1,1) = (\lambda, 2\lambda + \mu, \lambda + \mu)\).
Donc : \(x = \lambda\), \(y = 2\lambda + \mu\), \(z = \lambda + \mu\).
En éliminant \(\lambda\) et \(\mu\) : \[ \begin{aligned} \lambda &= x \\ \mu &= y - 2\lambda = y - 2x \\ z &= \lambda + \mu = x + (y - 2x) = y - x \end{aligned} \]
Donc \(F = \{(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 \mid x + z = y\}\) ou encore \(F = \{(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 \mid x - y + z = 0\}\).
Passage d’équations à une base
Exercice
Soit \(F = \{(x,y,z,t) \in \mathbb{R}^4 \mid x + y = 0 \text{ et } z - t = 0\}\). Donner une base de \(F\).
Solution :
Les équations donnent : \(y = -x\) et \(t = z\).
Donc \((x,y,z,t) = (x, -x, z, z) = x(1,-1,0,0) + z(0,0,1,1)\).
Ainsi \(F = \text{Vect}((1,-1,0,0), (0,0,1,1))\) et la famille \(\{(1,-1,0,0), (0,0,1,1)\}\) est une base de \(F\) (elle est libre et génératrice).
Donc \(\dim(F) = 2\).
Proposition 1.31
Soit \(E\) un espace vectoriel de dimension \(n\) et soit \(F\) un sous-espace défini par \(p\) équations linéaires indépendantes. Alors : \[ \dim(F) = n - p \]
Intersection et somme de sous-espaces vectoriels
Intersection
Proposition 1.32
Soit \(F\) et \(G\) deux sous-espaces vectoriels de \(E\). Alors \(F \cap G\) est un sous-espace vectoriel de \(E\).
Démonstration
Vérifions les trois conditions :
- Comme \(0_E \in F\) et \(0_E \in G\), on a \(0_E \in F \cap G\)
- Si \(x,y \in F \cap G\), alors \(x,y \in F\) et \(x,y \in G\). Donc \(x+y \in F\) (car \(F\) est un s.e.v.) et \(x+y \in G\) (car \(G\) est un s.e.v.). Ainsi \(x+y \in F \cap G\)
- Si \(x \in F \cap G\) et \(\lambda \in \mathbb{R}\), alors \(x \in F\) et \(x \in G\). Donc \(\lambda x \in F\) et \(\lambda x \in G\), d’où \(\lambda x \in F \cap G\)
Remarque
Attention : En général, \(F \cup G\) n’est pas un sous-espace vectoriel de \(E\).
Par exemple, dans \(\mathbb{R}^2\), prenons \(F = \{(x,0) \mid x \in \mathbb{R}\}\) et \(G = \{(0,y) \mid y \in \mathbb{R}\}\). Les vecteurs \((1,0)\) et \((0,1)\) appartiennent à \(F \cup G\), mais leur somme \((1,1)\) n’appartient ni à \(F\) ni à \(G\), donc \((1,1) \notin F \cup G\).
Exercice
Dans \(\mathbb{R}^3\), soit \(F = \{(x,y,z) \mid x + y + z = 0\}\) et \(G = \{(x,y,z) \mid x - y = 0\}\). Déterminer \(F \cap G\).
Solution :
\((x,y,z) \in F \cap G\) si et seulement si \(x + y + z = 0\) et \(x - y = 0\).
De \(x - y = 0\), on tire \(y = x\).
En reportant dans la première équation : \(x + x + z = 0\), donc \(z = -2x\).
Ainsi \(F \cap G = \{(x, x, -2x) \mid x \in \mathbb{R}\} = \text{Vect}((1, 1, -2))\).
Donc \(\dim(F \cap G) = 1\).
Somme
Définition 1.33 - Somme de sous-espaces
Soient \(F\) et \(G\) deux sous-espaces vectoriels de \(E\). La somme de \(F\) et \(G\), notée \(F + G\), est l’ensemble : \[ F + G = \{u + v \mid u \in F, v \in G\} \]
Proposition 1.34
\(F + G\) est un sous-espace vectoriel de \(E\) et on a : \[ F + G = \text{Vect}(F \cup G) \]
Proposition 1.35 - Formule de Grassmann
Soient \(F\) et \(G\) deux sous-espaces de dimension finie d’un espace vectoriel \(E\). Alors : \[ \dim(F + G) = \dim(F) + \dim(G) - \dim(F \cap G) \]
Démonstration
Posons \(r = \dim(F \cap G)\), \(p = \dim(F)\) et \(q = \dim(G)\).
Soit \(\{u_1, \ldots, u_r\}\) une base de \(F \cap G\). Par le théorème de la base incomplète, on peut la compléter en une base \(\{u_1, \ldots, u_r, f_1, \ldots, f_{p-r}\}\) de \(F\) et en une base \(\{u_1, \ldots, u_r, g_1, \ldots, g_{q-r}\}\) de \(G\).
Montrons que la famille \(\mathcal{B} = \{u_1, \ldots, u_r, f_1, \ldots, f_{p-r}, g_1, \ldots, g_{q-r}\}\) est une base de \(F + G\).
\(\mathcal{B}\) est génératrice. Tout vecteur de \(F + G\) s’écrit \(x + y\) avec \(x \in F\) et \(y \in G\). Or \(x\) est combinaison linéaire des \(u_i\) et des \(f_j\), et \(y\) est combinaison linéaire des \(u_i\) et des \(g_k\). Donc \(x + y\) est combinaison linéaire des vecteurs de \(\mathcal{B}\).
\(\mathcal{B}\) est libre. Supposons que : \[ \sum_{i=1}^r \alpha_i u_i + \sum_{j=1}^{p-r} \beta_j f_j + \sum_{k=1}^{q-r} \gamma_k g_k = 0_E \]
Posons \(v = \displaystyle\sum_{k=1}^{q-r} \gamma_k g_k = -\sum_{i=1}^r \alpha_i u_i - \sum_{j=1}^{p-r} \beta_j f_j\). Le membre de droite est dans \(F\), et le membre de gauche est dans \(G\) (car les \(u_i\) sont aussi dans \(G\), donc \(v = -\sum \alpha_i u_i - \sum \beta_j f_j + 0 \in F\)). En fait, reprenons : \(v = \sum \gamma_k g_k \in G\) et \(v = -\sum \alpha_i u_i - \sum \beta_j f_j \in F\). Donc \(v \in F \cap G\).
Comme \(\{u_1, \ldots, u_r\}\) est une base de \(F \cap G\), on écrit \(v = \sum_{i=1}^r \delta_i u_i\), d’où : \[ \sum_{k=1}^{q-r} \gamma_k g_k - \sum_{i=1}^r \delta_i u_i = 0_E \]
Par liberté de la base \(\{u_1, \ldots, u_r, g_1, \ldots, g_{q-r}\}\) de \(G\), on obtient \(\gamma_k = 0\) pour tout \(k\) et \(\delta_i = 0\) pour tout \(i\). En reportant dans la relation initiale, il reste \(\sum \alpha_i u_i + \sum \beta_j f_j = 0_E\), et par liberté de la base de \(F\), tous les \(\alpha_i\) et \(\beta_j\) sont nuls.
Au final, \(\mathcal{B}\) est une base de \(F + G\) de cardinal \(r + (p - r) + (q - r) = p + q - r\).
Exemple 1.9.1
Reprenons l’exercice précédent avec \(F = \{(x,y,z) \mid x + y + z = 0\}\) et \(G = \{(x,y,z) \mid x - y = 0\}\) dans \(\mathbb{R}^3\).
On a trouvé \(\dim(F \cap G) = 1\).
De plus :
- \(\dim(F) = 3 - 1 = 2\) (une équation)
- \(\dim(G) = 3 - 1 = 2\) (une équation)
Par la formule de Grassmann : \[ \dim(F + G) = 2 + 2 - 1 = 3 \]
Comme \(F + G \subset \mathbb{R}^3\) et \(\dim(F + G) = 3 = \dim(\mathbb{R}^3)\), on a \(F + G = \mathbb{R}^3\).
Exercice
Dans \(\mathbb{R}^4\), soit \(F = \text{Vect}((1,0,1,0), (0,1,0,1))\) et \(G = \text{Vect}((1,1,0,0), (0,0,1,1))\). Calculer \(\dim(F \cap G)\) et \(\dim(F + G)\).
Somme directe
Définition 1.36 - Somme directe
On dit que la somme \(F + G\) est directe, et on note \(F \oplus G\), si \(F \cap G = \{0_E\}\).
Proposition 1.37
Les assertions suivantes sont équivalentes :
- \(F + G\) est directe
- \(F \cap G = \{0_E\}\)
- Tout vecteur de \(F + G\) s’écrit de manière unique comme \(u + v\) avec \(u \in F\) et \(v \in G\)
- Si \(\{e_1, \ldots, e_p\}\) est une base de \(F\) et \(\{f_1, \ldots, f_q\}\) est une base de \(G\), alors \(\{e_1, \ldots, e_p, f_1, \ldots, f_q\}\) est une base de \(F \oplus G\)
Corollaire 1.38
Si \(F + G\) est directe, alors : \[ \dim(F \oplus G) = \dim(F) + \dim(G) \]
Définition 1.39 - Sous-espaces supplémentaires
On dit que deux sous-espaces \(F\) et \(G\) sont supplémentaires dans \(E\) si : \[ E = F \oplus G \]
C’est-à-dire : \(E = F + G\) et \(F \cap G = \{0_E\}\).
Exemple 1.9.2
Dans \(\mathbb{R}^3\), soit \(F = \{(x,y,z) \mid z = 0\}\) (le plan \(xy\)) et \(G = \{(x,y,z) \mid x = y = 0\}\) (l’axe \(z\)).
Alors \(F\) et \(G\) sont supplémentaires car :
- Tout vecteur \((x,y,z)\) s’écrit \((x,y,z) = (x,y,0) + (0,0,z)\) avec \((x,y,0) \in F\) et \((0,0,z) \in G\)
- \(F \cap G = \{(0,0,0)\}\)
Donc \(\mathbb{R}^3 = F \oplus G\).
Remarque
Attention : Un sous-espace peut avoir plusieurs supplémentaires différents.
Par exemple, dans \(\mathbb{R}^2\), si \(F = \text{Vect}((1,0))\), alors \(G_1 = \text{Vect}((0,1))\) et \(G_2 = \text{Vect}((1,1))\) sont tous deux supplémentaires de \(F\).
Exercice
Dans \(\mathbb{R}_3[X]\), montrer que \(F = \mathbb{R}_1[X]\) (polynômes de degré \(\leq 1\)) et \(G = \text{Vect}(X^2, X^3)\) sont supplémentaires.